Journal d’une autrice autoéditée : quand la magie semble s’éloigner
Je voudrais reprendre les articles avec plus de régularité. Pas forcément pour faire des bilans des semaines ou des mois passés, mais aussi pour me raconter.
Raconter mes doutes et mes réflexions sur ce métier après lequel j’ai couru toute ma vie et qui, aujourd’hui, me semble différent. Parler aussi de mes projets, de mes recherches, de mes avancées ou de mes blocages, et me mettre en quête du plus important : la magie.
On s’imagine toujours des choses où tout paraît aussi beau que facile ; la réalité est tout autre.
La magie de l’écriture
Aujourd’hui, je veux parler de magie, ce petit supplément d’âme qui fait que chaque histoire me hante, m’anime, me fait vibrer. La magie, c’est quand je rêve de mes personnages, que des idées s’entrechoquent, qu’il me reste au réveil une sensation, un truc qui me donne l’impression que monde tourne, mais sans moi. Moi, je suis entre le réel et la fiction, entourée de mes héroïnes.
Cette magie-là, je l’ai un peu perdue, comme s’il n’y avait plus de poudre de fée dans le sachet. Pendant des décennies, elle s’est versée sur moi en abondance et, à présent, elle se fait plus avare.
Qui suis-je sans elle ?
Le souci, c’est que sans elle, je redoute de ne plus être qu’une romancière lambda, si tant est que cela existe. Une femme qui écrit.
Une femme qui écrit parce que c’est son travail, en plus.
Donc, une femme qui est obligée d’écrire.
La magie et la passion disparaîtraient alors au profit du devoir, de l’obligation.
Ce n’est pas quelque chose que je peux supporter. Parce que je suis cette femme qui a toujours trouvé, dans l’écriture, le moyen d’être elle-même.
Nous avons tous une dimension qui nous est propre et qui fait de nous des êtres uniques. Certaines savent ce que c’est. D’autres, l’ignorent toute leur vie.
Ma particularité à moi, ça a toujours été l’écriture. Les mots et les idées me viennent assez facilement. Avant, je pouvais passer des heures coupée du monde, à raconter une histoire où tout était fluide et animé. Je voyais les scènes. Je les vivais. Les coucher sur du papier était un exercice facile et une expérience grisante. J’adorais ça plus que tout au monde.
Aujourd’hui, je sens que la connexion est plus fragile : l’immersion se fait avec beaucoup plus de mal.
Alors je me bats à chaque nouveau livre. A chaque nouveau projet. Et à chaque nouvelle sortie.
Tout le temps, je me dis : là, c’est la bonne. J’adore l’intrigue et les personnages. Je vais sauter à pieds joints dedans et, pendant des semaines, je ne vivrai plus que pour ça. Et puis quelque chose retombe. L’enthousiasme. Le plaisir.
Le sachet de poudre de fée est vide.
Alors j’écris beaucoup en espérant qu’il se remplisse à nouveau.
J’écris dans mes carnets, dans mes confidences, dans mes newsletters. J’écris des nouvelles et des trilogies. Je crée un univers sport et romance.
Je lis de nouveau. Je regarde des séries, des films. Je nourris mon imagination, ma créativité. Je me suis même mise au scrapbooking, et depuis peu, au dessin.
J’essaie de retenir celle qui semble vouloir s’en aller parce que je tiens à elle comme à la prunelle de mes yeux.
Et je suis têtue. Obstinée. Même un peu désespérée.
Parfois, je me dis : tout ce chemin pour réaliser mon plus vieux rêve et, finalement… ça ?
Non. Impossible. Je suis une femme qui a besoin d’enthousiasme, d’émotions, de frustrations aussi. Et surtout, une femme qui a besoin d’inventer, de se projeter, d’écrire.
Alors je m’accroche.
Encore.
Toujours.
Je me tourne vers 2027 en me disant : cette fois, peut-être ? Et je formule intérieurement une prière : faites que ce soit la bonne et que la magie revienne.
J’y crois encore.
Je ne cesserai jamais, je pense. Ce serait trop douloureux de se dire que le chemin n’était pas le bon ou que le rêve, une fois réalisé, a perdu de son intérêt. Je ne suis pas une enfant qui voulait un jouet à tout prix et qui, lorsqu’elle l’a eu, ne le considère plus comme un trésor.
J’ai entendu plein de fois que le plus intéressant, c’était le voyage, non la destination. Je suis d’accord. Mais, et après dans ce cas ? Qu’est-ce qu’on devient une fois qu’on est celle ce qu’on voulait être ?
Pour le moment, je ne sais pas trop. Je crois cependant que cette vie n’est pas figée, bien au contraire. Vivre de ma plume est, en fait, une destination permanente car les lignes bougent tout le temps. Un jour je me crois arrivée, le lendemain, je me rends compte d’à quel point rien n’est acquis.
Ok donc, la destination, je l’ai atteinte sans l’atteindre.
Et la magie alors ? Quelle est sa place dans tout ça ? Elle est ce qui me donne envie de continuer sur ce chemin et de m’y épanouir. Peu importe si la ligne d’arrivée est finalement très loin. Ce qui compte, ce n’est pas vraiment de la franchir.
C’est plutôt de se dire qu’on a pris la bonne direction.
Conclusion
Il y a des moments de doute. Des moments où je ne trouve plus le plaisir dans l’écriture. Des instants de panique où je me demande ce qui m’arrive.
Et des moments où le manque et l’envie sont là, où le cerveau invente, imagine, visualise. Où le besoin d’y retourner est presque palpable.
Ce n’est peut-être pas encore tout à fait cette magie que je recherche. Mais je me dis que c’est déjà ça. Et peut-être que je fais fausse route en attendant qu’elle revienne exactement comme avant. Peut-être qu’elle ne reviendra pas de la même manière. Après tout, moi non plus, je ne suis plus tout à fait la même.
Alors je vais continuer à écrire, à chercher, à essayer, à nourrir cette part de moi. Et peut-être qu’un jour, sans même que je m’en rende compte, je lèverai les yeux de mon écran après plusieurs heures passées ailleurs.
Et le monde aura continué à tourner sans moi.
